La région des Bois Noirs est un point culminant jouant le rôle de château d’eau naturel, aux confins de trois départements : la Loire, l'Allier et le Puy de Dome, en Auvergne. La Cogema y a exploité, sur la commune de Saint Priest La Prugne, une mine d'uranium de 1955 à 1980.

Cette exploitation a généré des millions de tonnes de déchets radioactifs, notamment sous forme de « stériles », terre creusée pour extraire l’uranium et qui était donc directement en contact avec celui-ci. Pour résoudre le problème encombrant que posaient ces résidus, la COGEMA a mis en œuvre deux solutions, dont aucune ne s’est révélée indolore pour l’environnement de la mine.

Première solution, l’enfouissement : la mine a été rebouchée avec les résidus d'extraction radioactifs, inondés sous un lac artificiel de 2 m de profondeur, aux abords du lit de la rivière La Besbres. Son cours a été dévié pour longer le lac artificiel, mais l’étanchéité est mise en cause par la CRIIRAD.

Deuxième solution, la dissémination : durant l'exploitation, la COGEMA se débarrassait des stériles en les offrant aux collectivités locales et aux particuliers, qui les ont utilisé comme remblais pour construire des fondations de logement, d'usine, de route, de parking, de chemins privés ou publics. Cette solution permettait de diluer l'impact des résidus, mais sa traçabilité n'a été assurée qu'à partir de 1984, rendant difficile aujourd'hui la localisation des zones dangereuses.

Depuis sa création en 1980, le collectif Bois Noirs sollicite la COGEMA puis AREVA pour que les sites contaminés fassent l’objet d’un traitement systématique et qu’ils retrouvent les niveaux de radioactivité naturelle qu’ils connaissaient auparavant. En 2001, la CRIIRAD a été désigné comme expert officiel sur le site des Bois Noirs. Certains sites ont été décontaminés mais l'air, les terres et les eaux restent localement problématiques dans cette région.

Ces paysages photographiques visent à faire face à l’invisibilité de la contamination : les images nous confronte à une apparente absence de menace, compliquant singulièrement sa description, au contraire d’autres pollutions d’origine humaine comme les marées noires, par exemple.

Reste l’opposition entre la plénitude apparente des paysages, et les relevés de mesures effectuées par le collectif des Bois Noirs, confirmées par la CRIIRAD puis par Areva, qui se dit prête à "assumer l'héritage du passé".

Extraits d'un projet mené conjointement avec Carole Clément